Interview à l’occasion de l’exposition « Filles », 2025
Texte de François-nicolas L’Hardy, directeur de l’Hôtel Fontfreyde à Clermont-Ferrand :
« Au coeur de sa pratique artistique se trouve le portrait, réalisé avec une caméra moyen format argentique. Cette approche, à la fois intime et authentique, permet à Mathilde de capturer ce qu’il est convenu de nommer “l’essence même” de ses sujets, mais tâchant toujours de révéler la complexité et la diversité de l’expérience humaine. En plus de son engagement dans sa pratique artistique, Mathilde Fraysse partage généreusement son talent à travers des commandes, des séries personnelles et des interventions participantes auprès de publics extrêmement variés. Sa volonté de rendre l’art accessible témoigne d’un véritable engagement culturel et de sa conviction que l’art est un vecteur de connexion entre les individus.«
Extrait d’interview par Nicole Vitré Méchain, fondatrice de la résidence d’artiste La Maison François Méchain :
Voir l’article en entier : https://www.lacritique.org/mathilde-fraysse-portraits-en-question/
Quel est ton rapport à l’argentique ?
MF : Dès que je peux, je travaille en argentique, avec un moyen format. Le rendu est de meilleure qualité qu’avec mon numérique. La pratique de l’argentique oblige à prendre son temps, contrairement à celle du numérique. Il y a aussi les contraintes financières à prendre en compte car le prix des consommables a augmenté. Cela incite à tout penser minutieusement avant de déclencher.
NVM : Si l’on s’en tient à une définition générale, le portrait est un genre graphique qui représente, de façon ressemblante ou non, un modèle humain. Ancré à l’origine dans le mythe de Dibutade, il a pour but de rendre présents les absents. Dans ta pratique affirmée du portrait tu photographies aussi des choses (les maisons par exemple), brouillant ainsi les frontières traditionnelles animé/inanimé, que la peinture du XVIIème siècle avait clairement définies et catégorisées. C’est quoi finalement un portrait pour toi ?
MF : Je ne le sais peut-être pas exactement ; si la théorie retient mon attention elle ne détermine pas plus que cela ma pratique. Je recherche un état de surprise à la prise de vue, puis en découvrant l’image, puis au moment de l’accrochage, au mur.
NVM : Ton approche photographique ne chercherait donc pas à vérifier quoi que ce soit de la réalité. Elle laisserait plutôt libre cours à ce qui échappe. Pourrais-tu préciser ce que tu cherches dans l’image photographique ?
MF : J’aborde les choses par intuition, par nécessité intérieure. Je cherche une certaine magie véhiculée par le vocabulaire de la photographie argentique : l’image révèle…
NVM : On pourrait penser ici aux mots du sinologue et essayiste Simon Leys : « Il faut dire ce que l’on voit, et ce qui est peut-être plus difficile encore, apprendre à voir ce que l’on voit. »