Je photographie des pères dans la chambre de leurs filles, en l’absence de ces dernières (mais avec leur accord préalable).

Je souhaite photographier les singularités ordinaires de ces pères et extraire de cette banalité, un récit poétique, sociétal et polysémique.

Nombre de photographes ont travaillé sur l’adolescence, sur les chambres à coucher, sur les intérieurs, c’est aussi ce que je fais depuis plusieurs années. Que se passe-t-il lorsqu’on déplace les protagonistes, est-ce que cela peut raconter quelque chose de nous, « en plus » ? C’est aussi ce que je recherche et met à l’épreuve avec cette série.

Série réalisée en 2025 grâce au soutien de La Maison François Méchain et du programme Création, coopération et territoires en association avec les associations Trapèze et Le Pli. Un projet soutenu par le contrat de filière arts plastiques et visuels.

Les photographies sont présentées dans des coffrets lumineux 37,5 x 50 cm, fabriqués dans mon atelier.

Retrouvez en bas de page un texte plus long sur la série.


Vue d’exposition, galerie du point G, Tulle, septembre 2025.

La poésie perdue des hommes

Les mots s’accumulent pour ce projet, tant de sentiments, d’impressions, de réactions se mélangent.

C’est pour ça cette série de photographies existe.

Face à des sentiments teintés d’ambivalence : familiarité, confiance, éloignement, affection, rage … Quelle histoire s’écrit aujourd’hui avec les hommes et les pères, et plus précisément des pères de jeunes filles ?

Qu’incarnent-ils dans nos imaginaires aujourd’hui ? En parallèle de l’actualité, de la libération d’une partie de la parole, des échecs de la justice, notre conscience s’efforce de ne pas les voir en prédateurs, surtout lorsqu’ils sont là au milieu de la chambre de leur fille absente.

Comment faire autrement avec ces hommes qui sont partout : nos frères, maris, amis, pères …

Cherchez-vous à être rassuré·e en regardant cette photographie ?

Les adolescentes qui étaient présentes lors des prises de vue étaient visiblement fières que je photographie leurs pères dans leurs chambres.

Quoi alors de plus rassurant pour eux ? Conscients pour beaucoup des problématiques soulevées par mon projet photographique.

Avec cette série j’essaie de nommer nos peurs, les regarder en face, regarder aussi simplement des pères. Représenter. Une douce légèreté était posée là, grâce à ces adolescentes.

Il y avait quelque chose de non-dit chez ces pères parfois, de l’ordre de « suis-je légitime de poser ici ? », cela se dissipait bien vite.

C’est comme si elles (les filles ou leurs chambres) leur permettaient d’incarner autre chose.

Je sais que pour beaucoup le geste de les photographier là a créé en eux quelque chose de fort.

Moi aussi, j’aimais quand mon père venait dans ma chambre quand j’étais adolescente. Mes parents étaient séparés, je vivais chez ma mère, de ce fait mon père n’y venait presque jamais. Mais quand il entrait dans ma chambre, j’étais heureuse qu’il partage mon monde un instant, c’est comme si on allait se rapprocher davantage (l’amour -même filiale- à besoin de la familiarité, la maison peut en être un vecteur).

Face à tous ces pères, on finira peut-être par laisser de côté nos doutes à dépasser quelques tabous, à avouer nos peurs. Devant le foisonnement du décor, on accédera peut-être enfin à une contemplation curieuse, à un nouveau voyage.

La série Pères-Chambres propose ce voyage : une issue joyeuse où les hommes sont les protagonistes d’une nouvelle ère pop et colorée comme l’adolescence de leurs filles.

Des sensations de malaise peuvent surgir encore, reflets de nos peurs bien ancrées et d’une société violente envers les filles.

L’image devient alors la seule possibilité d’envisager la douceur masculine hors de notre propre foyer.

Pères-Chambres vient honorer cette douceur.

Face à nos doutes, à nos méfiances, rappelons nous : ce ne sont que des papas dans la chambre de leurs filles.

Laissons-nous aller à les regarder et entrons dans la poésie perdue des hommes.

Je remercie tous les pères que j’ai photographié et qui m’ont accordé leur confiance.